lundi 15 juin 2009

La Gazette de Paris #29




La chair est faible, la chair est faible


- J’ai retrouvé une culotte à toi dans ma chambre.
- (étonnement, incrédulité) Ah bon…(puis, ton piquant qui cherche la merde) T’es sûr que c’est pas celle de ta colloque ?
- (phrase inutile qui mérite une baigne) Non, je l’ai trouvée avant qu’elle n’arrive.

(Source anonyme qui ne souhaite très probablement pas être citée)


La Chair fraîche

- Si on ne peut pas toucher les seins, plus de salade de pâtes.

(Pap Deziel, l’amour de la vie et de la terre nourricière)


Instinct de survie


- Quatre vodka, t’es bourré
- Trois piqûres de frelons, t’es mort

(Antoine Viviani, Parc de Belleville, dans un grand moment de lucidité et de logique implacable)

lundi 1 juin 2009

La Gazette de Paris #28

Promenons-nous



Chrystel Lebas


Dans les bois, pendant que le loup n’y est pas.

Il faut mettre des patins pour rentrer dans mon esprit.

Plus de batterie, 15h20, tout est calme.

Seuls les Krispolls résonnent douloureusement dans ma tête,

Il suffit de les tremper dans le thé pour qu’ils fassent moins de bruit, je sais.


Un matin où le titre idéal aurait pour nom Aspirine, peut-être un peu plus tard Vitamine C, mais où le meilleur Aspro reste quand même un bon rayon de soleil sur la peau et quand en marchant je me raccroche à ta main dans ton dos.

Promenons-nous…
Elle peut toujours tambouriner, je ne laisserai pas rentrer la peur dans mon esprit.

Trop occupée à retracer la soirée,
La route de ma robe et de mon appartement,
Je prends le temps et des détours,
J’essaie de me perdre en tournant plusieurs fois sur moi-même.

Je passe d’une romance à une autre,
j’en regarde et j’en invente.
Je fais trois fois le tour de ma courte vie.
Mais je commence assez bien à connaître la route de mon esprit.
Je m’y promène…

Quand je pars loin, j’emporte toujours un collier cassé, maman me l’avait prêté, j’en aurais perdu une perle dans chaque pays. Je vais rester ici un moment, juste regarder l’orage de l’intérieur, lui rire au nez, et bientôt, je remettrai toutes les perles bout à bout autour de mon cou.

J’ai rempli mes mains et le frigo de mes obsessions du moment.
Les fleurs, les radis et les noix des souris.




Je ris parce qu’il n’y a jamais eu de prince charmant,
Depuis que maman m’a déguisée en petit chaperon rouge
Un seul et unique grand méchant loup,
Tire la chevillette, la bobinette cherra…

Aujourd’hui rien n’a vraiment changé,
Dans les bois pendant que le loup n’y est pas,
le petit chaperon rouge du grand méchant loup,
mis à part qu’aujourd’hui je sais que j’aime ça.

lundi 4 mai 2009

La Gazette de Paris #27

Bus ou patins




My patins are cooler than me.
Tu chausses du combien Justine Kennedy ?
Bah, j’ai que deux pieds de 38 cm chacun
mais j’aimerais bien chausser plein plein de patins…

Une fois, un garçon est sorti de chez moi, et il a dit « Merci ». Pas à bientôt, ni même au revoir. « Merci ».

J’aurais pu répondre,
« Il vous faudra autre chose ? »

Mais j’aurais trop eu l’impression d’être à la boulangerie, et je déteste vraiment les boulangères. J’en ai simplement déduit que je devais être d’utilité publique. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je rends service. C’est d’ailleurs ce que m’a dit, hier, le garçon dont je testais les mojitos pour voir s’ils avaient bien le goût du paradis comme les Bounty quand on est au ski.

Je me suis dit, my patins are cooler than me.
Hey Roller girl, je t’emmène faire un tour au driving ?
Non, en fait je préfère le bus.

Vraiment, j’aime le bus. J’ai le temps, ça me berce. Je fais ce que j’aime le plus, regarder les façades des immeubles éclairés. J’attends patiemment 15 minutes qu’il arrive (patience ne fait habituellement pas partie de mon vocabulaire), je cours sous la pluie, parce qu’en fait je me suis trompée d’arrêt, je regarde la pub Macdonald sur ma droite et j’imagine qu’elle est accompagnée d’un diffuseur d’odeur, parce que ça sent vraiment le steak haché. Et puis je pense aussi à rien et ce n’est pas plus mal. Sinon, je me dis :

My patins are cooler than me.

Parfois quand je vais à la boulangerie, que je ne veux que du pain mais qu’on me demande quand même, avec cette voix nasillarde qui m’horripile :

« Il vous faudra autre chose ?»

Et ben, en fait oui, je change d’avis. Je voudrais un beignet fourré à la confiture goût cœur amour, une tartelette saupoudrée de « tu es la fille qui rend service que je préfère », et un éclair d’émotion jusqu’au prochain frisson.

« Merci ».

dimanche 19 avril 2009

La Gazette de Paris #26

La tête dans le cosmos


Photo: Sacha Maric

Passé l’hiver, qu’allons-nous faire ?

Tu écris quoi ?
J’essaie d’écrire un libre, je veux dire un livre

T’es enrhumé ?
Non, le « V » est juste à côté du « B ».
Lapsus révélateur, ou dyslexie mentale ?

Ça me sort par les doigts…
Les mots sortent par la peau.
Les maux sortent par la peau.

Alors tu transpires beaucoup.
T’aimerais que ça te dégouline tout autour du cou.

Alors que tu sais très bien,
Que c’est dans ton sang qui coagule,
Des dessins dans de petites collines,
Et tu liras l’histoire dans le magma.

Ça ne m’inquiète pas plus que ça,
Mais je crois savoir où l’on va…


Le temps de lire les lignes de ta main dans le rouge cosmo
Saison d’un Kiss-sur-gin-tonic-lips

Passé l’hiver, j’aurai des petits coquelicots dans la tête
Et puis un maillot de bain couleur vodka jet.

Passé l’hiver…

Je sortirai de l’HP de ma tête,
Le cosmo sera comme une deuxième peau

Passé l’hiver, ce serait, là maintenant.

dimanche 22 février 2009

La Gazette de Strasbourg #2

Rouge-bouche


(Alison Brady, a-dream-like-this.blogspot.com)

Le garçon ne veut pas embrasser le rouge sur sa bouche.

Elle lui dit : « Tu sais, on peut aller danser, d’ici là j’aurai sans doute tout mangé »

- Mais si je t’embrasse finalement ?
- Je partirais sans doute en courant.

L’enfant impatiente qui trépigne. Vexée de la moindre inattention, elle tape du pied et serait prête à arracher la tête de n’importe qui, comme elle faisait petite de celle de sa poupée quand elle n’arrivait pas à la coiffer.

C’est l’enfant qui met parfois son masque de méchante.
Amour sans condition et sans obligation de réciprocité.

Tout, tout de suite, l’enfant qui trépigne adore le son de ce mot.

J’aime aussi pneumatique et corridor. Mais ce que j’aime le plus encore,

C’est reculer pour mieux sauter.

Puisque de toute façon il suffit pour moi de fermer les yeux pour pouvoir t’embrasser.
Puisque jouir prend tellement de temps.
Autant fermer les yeux et y penser très fort sans rien tenter.

S’il te plaît. Invite-moi à danser.



J’ai mangé tout le rouge, j’entame les lèvres.
J’en arrache des petits morceaux avec les doigts.
Je m’en mords les lèvres et puis les doigts,
Puis l’intérieur de l’estomac, tralala.

dimanche 15 février 2009

La Gazette de Strasbourg #1


Éloge du sommeil et du temps perdu



La vierge m’avait déjà averti trois fois. Ça y est, elle m’a lâchement abandonnée, du moins c’est ce que j’ai cru lorsqu’elle est parti de son plein gré.

Je ne sais pas s’il faut que je le prenne pour moi, enfin tout de même, c’est vexant. Mais la vierge n’a plus la patience, la vierge se casse, la vierge t’emmerde, elle en a marre d’être prise pour un vulgaire porte-clef.

Il est probable que ce soit le bon dieu qui m’ait puni de ne pas croire en lui, ou au contraire qu’il ait pris pitié d’une virginité prolongée en dépit du fait que je ne serai plus pour lui à la fin de toute cette histoire qu’impureté et péché.

Je l’ai peut-être vexé à la messe de minuit. J’étais bourrée, soit, et accompagnée de ce qui se fait de mieux en termes de culture punk et alternative. Si bien que quand le curé a dit à ses brebis que tout le monde avait sa place dans la crèche, on a bien failli se retrouver à la place du petit Jésus. Enfin dans le meilleur des cas, car vous n’êtes pas sans savoir que dans le fond de la scène de la nativité, il y a aussi une vache.

Enfin, tout ça pour dire que plus personne ne me surveille. Le poids de la vierge dans ma poche a disparu, le temps est suspendu, je vais dormir le temps qu’il revienne, qu’il s’intéresse de nouveau à mon destin, et puisqu’on fait rarement les choses pour rien, je vais dormir et prendre des forces pour l’éternité.

Mais pendant que je décide désormais de vivre ma vie les yeux fermés (pas évident lorsqu’on va au boulot en vélo, et que, les moufles et le froid aidant, toute l’habileté de mon corps s’est réfugiée dans le pompon de mon bonnet). Alors que je croyais la vierge perdue sur un trottoir d’un bouge strasbourgeois, peut-être se vautrant même dans un caniveau, elle décide enfin de me parler.

- Est-ce que tu crois que dormir est une vraie solution…

Vous vous imaginez bien le ton qu’elle a la vierge, elle n’est pas énervée, le ton est posé, rond et maternel, à tel point qu’on croit simplement rêver. Mais non. Elle me réveille.

- Tu sais que tu n’auras déjà pas assez de toute une vie.

Ouais, c’est ça… manquerait plus que je ne la passe à rêver, à égarer la ville au fond de l’édredon et perdre les paysages au creux de l’oreiller… Je fais un effort surhumain pour soutenir le poids de mes paupières avant de succomber. Juste le temps de me dire que du canapé la vue est limitée, mais tout de même assez large pour savoir qu’il serait franchement stupide de sortir pour immortaliser la végétation gelée.

- Tu perds ton temps…
Elle ment. Tout le monde sait que rien ne vaut un bon cauchemar et ça repart. J’aime le temps perdu, celui qui ne sert à rien. Sûrement un élan anti-capitaliste qui me fait préférer la contre productivité. Et en ce moment je suis très très anti-capitaliste… Le seul intérêt pour moi dans le fait de me réveiller, c’est de me dire que je vais avoir le bonheur de pouvoir me rendormir.

Plus la vierge est en moi, plus elle s’insurge. Ses oreilles sifflent. Elle me suit même jusque dans mon lit. L’autre jour, on était trois, un peu à l’étroit. À moins que ça aussi je ne l’ai rêvé, il dit qu’il a été chercheur à la NASA, je ne sais pas pourquoi, personne ne me crois… Je m’étais dit qu’ainsi elle allait bien finir par s’en aller. Que le problème majeur, comme dit ma collègue Laurence, c’est que les garçons nous veulent tout simplement du bien, sinon, la vierge et moi, on aurait sans doute pu cohabiter.

- Tu as gagné.

Je crois que ça a marché.

- La question est de savoir si tu vas pouvoir continuer à profiter du temps perdu en toute impunité…

Je ne l’entends plus. Même « Au coin des pucelles » (où paradoxalement on mange de la très bonne choucroute), elle avait disparu.

Elle a dû comprendre que Justine Kennedy avait repris le dessus sur les résidus égarés de vierge effarouchée.

Plus de voix, je me sens seule parfois, mais je commence à reprendre avec moi de longues conversations, j’ai seulement crû pendant quelques mois que j’étais condamnée à cette chose si triste qu’est l’immaculée conception.

samedi 8 novembre 2008

La Gazette de Beyrouth #2

Justine ou le foyer de la sagesse



Le temps passe vite, quand on n’a pas le temps de le voir passer.

Par quoi commencer… par les mauvaises nouvelles, qui font déjà parties du passé. Je ne me suis pas du tout entendu avec le couple d’homos qui trouvaient rigolo de faire de la colocation… apparemment au bout d’une semaine, ils trouvaient ça beaucoup moins drôle les petits pédés, donc, j’ai dû dégager… C’est là que ma première expérience libanaise commence.

Qui aurait cru, patate crue, que je me retrouverais un jour dans un foyer de bonnes sœurs… ?

Pas mes parents, qui m’ont élevé dans le respect de la religion (enfin chez les autres, et encore), dans l’amour de son prochain (sauf si c’est un gros con, bien entendu), et quand même dans un franc mépris du clergé.

Pas non plus mes amis, qui savent que le péché pour moi n’existe pas, enfin en tout cas qu’il a une signification et une orthographe différentes, pour moi, c’est tout simplement un arbre fruitier.

Pas non plus l’abbé Tornade (chef d’un regroupement, genre scout, que je fréquentais pour faire de la rando étant jeune), qui avait bien capté que j’étais la seule à ne pas communier le matin au petit dèj, que j’essayais tout simplement de bouffer mon croissant en faisant le moins de bruit possible pendant que les autres crevaient de faim (forcément une hostie, ça ne nourrit pas son homme).

Justine ou« Le foyer de la sagesse ». Soyez francs, personne ne l’aurait cru.

J’y suis très bien, le couvre feu est à 23h30 en semaine, même mes parents ont rarement osé m’imposer ça… par contre, je suis un peu déçue, personne ne me fouette si je suis en retard… Les filles sont super sympas, même s’il y en a une qui a fait le signe de croix en me voyant arriver dans la cuisine, je n’ai pas su interpréter son geste, une vision de satan peut-être…

Bref, le boulot ça va…
- ça va !
- et la famille ça va ?
- et ta mère ?
- ça va !

J’ai appris l’origine du mot salamalec, qui vient de salamalekoum, bonjour en arabe. Ici, on en fait des salamalecs. Je suis peut-être tarte, tout au moins la seule qui n’avait pas encore compris, mais bon, je rentrerai moins sotte.

Le boulot, donc. J’ai repris l’émission culturelle du dimanche soir de la radio, « culture club ». Trente minutes de reportages, musique, le tout commenté par ma charmante voix, même que j’articule. Je fais tout, reportages, montage, commentaires articulés. Je suis très libre, tellement libre que ma bosse n’écoute pas, enfin, je crois pas… je ne la vois pas de toute façon… À partir de 15 heures, il n’y a plus personne à la radio, je suis souvent seule, vieux réflexe parisien.

Ma semaine se compose de festivals de cinéma, pièces de théâtre, musique, expos… Hier soir, j’ai revu « La graine et le mulet», en présence d’Abdellatif Kechiche. J’étais tellement émue que ma voix tremblait au moment où je l’ai remercié à la fin du film, et où je lui ai dit que j’étais émue, j’allais pas mentir, comme si ma voix ne suffisait pas, oui, j’avoue, j’ai bafouillé.

À part bouffer des petits-fours dans les soirées, je travaille aussi pour de vrai. Je suis même payée le salaire minimum libanais pour ça (200 dollars, je vous laisse faire le compte en euros). C’est le salon du livre à Beyrouth, je fais donc ce que j’aime le plus faire actuellement, lire des livres. C’est le pied, enfin, à part les nombreux bouquins pourris, c’est le pied.

Et puis, je mange du houmous, et puis je me promène pour éliminer le houmous. J’ai rejoint un groupe de rando avec lequel on n’est pas obligé de bouffer des hosties. Je suis allée voir des cèdres du Liban, je suis allée jusqu’en haut de la montagne, parce que quand j’étais plus petite, on ne s’arrêtait pas avant d’être vraiment en haut, pour enfin redescendre.

C’est Beyrouth. J’ai pris conscience de toute la dimension de cette expression dès mon voyage aller en avion, toute la familia embarquée pour la fin du ramadan, un vrai bordel. Mais je ne sais pas si je préfère la voiture à l’avion sachant que l’expression code de la route, elle, n’existe pas. Les panneaux existent, les feux rouges, les sens interdits et les sens uniques aussi, mais pas le code de la route… le but, passer le premier sans te faire démolir ta caisse… et pour ça tu klaxonnes, de manière presque discontinue… et tu regardes bien des deux côtés de la route avant de traverser, puisque le sens unique tu peux te le foutre au cul. Sans vouloir être vulgaire. Ce qui est certain, c’est que je préfère le taxi au bus. Le taxi, aussi appelé « service », c’est folklo. 2000 livres libanaises la course (1 euro), tu peux te retrouver à cinq, vu que le chauffeur ramasse tout ce qu’il peut sur le passage. Mais surtout l’avantage c’est que c’est rapide, parce qu’attendre le bus, c’est presque une expérience sociale. Femme blanche qui attend seule au bord d’une route = pute. Tout à l’heure, j’attendais le bus numéro deux, il y a quand même trois mecs qui se sont arrêtés pour me proposer de faire un petit tour dans leur Mercedes. J’étais ulcérée bien évidemment, moi, sœur Justine de la sagesse, le prochain qui fait ça, je lui crève ses pneus, sans déconner.

Voilà, je vais bien, la ville me plait, même si c’est super bruyant et très très très pollué, des fois, ça donne envie d’arrêter de respirer…mais j’évite.

Je vais faire ma prière et au lit.
Je vais boire une bière et au lit.