dimanche 10 février 2008

Gazette de Paris #10

Haut les mains, peaux de lapins.



Je regarde les petites bulles de gras que mes tartines de beurre ont fait dans le café. Je me dis que je ne penserais peut-être pas à ça si y’avait quelqu’un en face de moi, enfin j’ose espérer, que je n’essaierais pas non plus de voir quelle tronche j’ai dans le reflet de mon bol de café. Et que c’est sûrement plus drôle de mettre des miettes de pain dans mon lit, à deux… C’est dimanche, il est tard, heureusement, Clarita me réveille, précisant que quand on est seule dans son lit, on n’a pas le droit de se lever à 15h, qu’en plus y’a du soleil. Mais moi, je suis une fille moderne, donc je fais ce que je veux.
Déjà hier soir, on savait tous qu’on n’irait pas au brunch, qu’on aime beaucoup l’idée, mais que c’est jamais dans la mesure du possible niveau horaire. Guillaume propose qu’on fasse ça le soir, je propose donc le « dunch ». On savait que ça allait mal tourner, que certains finiraient pas porter des oreilles de lapin ridicules.
Je me lève, si on peut dire, parce que je me remets au lit avec le deuxième sexe... de Simone de Beauvoir… faute d’autre chose, priant pour que Clarita ne rappelle pas pour qu’on aille au parc ou un truc comme ça. J’entrouvre juste le rideau de dix centimètres pour lui faire plaisir. En ce moment j’aime bien être dans le noir, je fais en sorte que tout soit bien opaque, même les jours de grand soleil, je simule un cocon protecteur, c’est l’hiver.
J’ai un peu du mal à en sortir. Le cocon me procure chaleur, musique, lecture et nourriture, je ne regarde pas la télé, je me la pète, je regarde uniquement La cinq ou Arte. Vendredi, je ne sors pas. Je me dis qu’exceptionnellement au yoga, je vais pouvoir suer de l’eau, comme tout le monde, et pas de la vodka.
La préparation d’une purée de pois cassés, patates, carottes m’excite particulièrement, niveau musique, je n’ai pas trop d’idée, du coup j’écoute Gonzales et je continue par tous les groupes qui commencent pas G : The Gossip. Gravenhurst, The Greenhorses, Grizzly Bear... Et je rigole en lisant Simone de Beauvoir :
« La femme apparaît comme la plus redoutable tentation du démon. Tertullien écrit : « femme, tu es la porte du diable. Tu as persuadé celui que le diable n’osait attaquer en face. C’est à cause de toi que le fils de Dieu a dû mourir ; tu devrais toujours t’en aller vêtue de deuil et de haillons ». Quand je pense que des femmes ont dû se laisser pousser les poils des bras et arrêter de porter des soutifs pendant 20 ans pour rétablir certaines vérités, d’abord ça me dégoûte et ensuite, ba, ça me fait penser que demain, faut que j’aille me faire épiler. Enfin, non, pas la peine, je suis impure en ce moment. « C’est le jour où elle est susceptible d’engendrer que la femme devient impure. En Egypte, la femme est traitée avec des égards singuliers. On l’exposait sur le toit d’une maison, on la reléguait dans une cabane située hors des limites du village (…) ». J’entends Petra me souffler à l’oreille, dans une imitation parfaite de Samantha Jones, « bah pourquoi tu sors alors ? »
Parce qu’on est ni en Egypte, ni au Moyen-Âge, qu’on est samedi soir et que j’ai pas l’intention de me laisser déporter dans un bar en banlieue. J’en profite, je suis à bloque de mojo, je le sais parce que le métro arrive de nouveau en même temps que moi sur le quai, et ça pourrait ne pas durer (j’écris ça avant de me cogner le coude et d’avoir de l’électricité plein le bras). Je vais donc me faire couper la frange, histoire de voir où je mets les pieds, même si je sais que je vais finir par ne plus rien voir du tout, que ce sera forcément flou.
Simone de Beauvoir, Virginie Despentes, un dimanche spécial féminisme, chose à laquelle je ne me suis jamais vraiment intéressée. Sûrement pour les mêmes raisons que Virginie Despentes évoque dans « King Kong Théorie » : « Pendant des années, j’ai été a des milliers de kilomètres du féminisme, non par manque de solidarité ou de conscience, mais parce que pendant longtemps, être de mon sexe ne m’a effectivement pas empêché de grand chose ».
J’interroge alors mes copines sur ce qui semble nous différencier tellement, les filles et les garçons, et sur les raisons pour lesquelles nous sommes des filles intelligentes mais seules. Charlotte me regarde d’un air incrédule, comme si elle n’y croyait pas que je ne sache pas.
- C’est simple, le garçon a un zizi. Il veut s’en servir, mais pas toujours avec la même personne… , m’explique-t-elle.
Moi ça m’arrange, parce que sinon je ne pourrais pas être la maîtresse de garçons déjà maqués, et la vie serait beaucoup trop simple, pas du tout assez épicée. Soyez mes bourreaux, je jouerais le rôle de la sorcière. On est pas tellement différent finalement, sauf que moi, en plus d’être une fille, je suis magicienne, et j'ai le pouvoir de vous transformer en lapins ou autre gibier.

Aucun commentaire: