
http://a-dream-like-this.blogspot.com/ Alex Prager
Juste au moment où je voudrais crier au monde entier d’arrêter de me frôler, de me bousculer. Au moment où je me demande s’il n’y a pas assez de place autour, au point où c’est à se demander si les gens n’ont pas besoin de se coller les uns aux autres, si c’est par peur du vide, par manque de chaleur qu’ils s’aimantent et recherchent le contact physique. C’est à ce moment-là, que le clochard du quai numéro 13 décide de se positionner à dix centimètres de la fermeture éclaire qui remonte jusqu’à mon menton. Ce n’est pas de sa faute, j’aurais crié de toutes les manières. J’avais déjà l’angoisse qui me montait au nez.
- Arrête ton cinéma.
- J’y vais.
Qu’est-ce que c’est bien la boîte toute noire. La boîte où l’on a le temps de penser la vie tranquillement, parce qu’elle est projetée et qu’on peut l’observer. On sait bien que c’est toujours beaucoup plus beau avec la distance de l’écran.
- J’aime bien aller seule au ciné. Quand je sors, pour une fois, je suis d’accord avec moi.
J’ai du mal à mettre un mot devant l’autre, j’ai les yeux au fond du trou. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est aller pleurer dans l'obscurité. Là, je dois vraiment être fatiguée, troisième bande annonce, je pleure déjà, pratique, il fait noir, je suis seule, tranquille, on ne me voit pas.
Aujourd’hui, il y a des jeunes, des vieilles, c’est chouette. Jusqu’à ce que la mamie derrière me demande de m’asseoir ailleurs, parce que je vais la gêner et dépasser de mon siège. J’ai failli lui demander si elle n’avait pas apporté son bottin, que si oui, elle savait où elle pouvait se le mettre, mais je pense quelques secondes aux respects des aînés, tout ça… Je me contente de la regarder avec mépris, de changer de place et de me dire qu’on ne peut vraiment pas être tranquille. Qu’est-ce que les gens sont cons, heureusement, comme dit papa, on n’est pas des gens.
Les Rolling Stones apparaissent à l’écran. Je suis un peu réconfortée. Hier encore, je lisais un article sur le rock français : « Ni sexe, ni drogue, juste du rock’n’roll ». J’ai honte. Quand je pense que dans les années 70, les filles se battaient pour arracher le costume en velours de Mick Jagger avec les dents, et qu’aujourd’hui, « Après le concert, pas d’orgies dans les loges, juste deux ou trois bières éclusées et quelques groupies n’osant pas franchir le pas. Epuisés, les BB Brunes se couchent tôt ». J’ai honte. C’est un peu comme si Pamela Des Barres, LE mythe de la groupie à elle toute seule, avait fait tout ça en vain. J’ai eu beau tenter de redonner tout son charme et ses lettres de noblesse au statut de groupie…, inconsciemment de perpétuer la tradition. Tout ça pour que des petites greluches n’osent même pas parler à des bébés rockers qui se couchent à 23 heures.
J’admire silencieusement les trois mamies de devant, je me mets à rêver, elles, c’étaient sûrement pas des mijaurées. Moi, de mon vivant, je m’engage par écrit à ne jamais devenir un "jeune bien élevé", et au moment de me réincarner, c’est sûr, ce sera en fauteuil de ciné, ou éventuellement en guitare de rock star, j’ai pas encore vraiment décidé…
7 commentaires:
Play with fire dit :
(I Can’t get no) Statisfaction
vive la censure.
La censure, c'est pas très rock'n'roll....;)
http://www.thefilmjournal.com/images/shallowhal.jpg
J'adore frôler les filles...
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