Les mecs bandent plus à Beyrouth ?
-“Les garçons ne bandent pas” me dit Petra.
-Il s’appelle comment ? (Je lui pose la question plus par curiosité que par peur de me faire avoir).
-Je ne sais pas.
On en est là. Franchement, je ne vois vraiment pas pourquoi je mettrais le nez dehors. J’ai tellement pas de bol en ce moment, je préfère rester chez moi. Rien de grave, mais quand ça devient systématique, c’est pénible… se cogner le petit doigt de pied de manière multi-quotidienne, voir le métro partir à chaque fois que j’arrive sur le quai. Quand le kit kat tant désiré reste coincé dans le distributeur automatique de merde, que mon sac monoprix (dont la solidité a dû être testée une douzaine de millions de fois) craque sous le poids de ma brique de lait, dans ces moments là, j’ai vraiment l’impression que quelqu’un m’en veut. Le pire étant que je ne crois pas en Dieu, et que je suis bien obligée de me dire que je suis vraiment trop tarte. Mon seul exploit est de decider de la pluie et du beau temps. Quand je prends mon parapluie, il ne pleut pas, vous imaginez bien que le contraire est vrai aussi…Et quand le mauvais oeil me souffle de m’amuser, c’est evidemment la veille de la photo de classe. C’est gagné, le Celsa se souviendra longtemps de cette future journaliste au teint blanchâtre, selon les archives, le photographe aurait même envisagé de faire la balance des blancs sur son visage cerné. J’ai l’air d’avoir mal, jusqu’au bout de la frange. Alors, il ne manquerait plus que les mecs ne bandent pas.
-Ne vous focalisez pas sur l’audience de la presse.
Sans aucun problème, je pensais justement à autre chose. Vous bandez, vous, Monsieur ? Et à votre avis, ce soir, je vais au Point Ephémère ou Chez Jeannette …?
-En guise de prolégomènes…
-De quoi ?
-D’introduction !
Haaa ! Il est drôle ce prof, mais un peu naïf. Il éteint la lumière. Très mauvaise idée quand il est 14h30 (l’heure de la sieste) et que le rétroprojecteur affiche des choses telles que “Comment connaître un magazine, l’intérêt économique des études collectives”. Je n’ai jamais pu m’empêcher de dormir après le repas, même après un régime gueule de bois très étudié : un minute maid fruits de la passion enrichi en vitamine C, plus un smoothy orange/banane/ananas, garanti 100% fruits. À cette heure là, l’intégralité de mon sang quitte mon cerveau et mes paupières comme aspiré par mon estomac.
-Comment on dit “jambe” en espagnol (ma voisine de 12 ans et demi doit être en train de préparer son exposé).
-Las gambas.
Je ne me réveille pas, mais mes lèvres ont dû esquisser un sourire, je suis bercée par la poésie de la langue, et dans mes rêves, je crois que je suis en train d’expliquer que je parle espagnol comme une grosse paella.
Mais c’est aussi à ce moment-là que je me dis qu’il serait sans doute beaucoup moins difficile de me faire comprendre à Barcelone (una vodka con lemon) qu’au Proche Orient. Je me rends compte, par la même occasion, que c’est lors de ces journées particulièrement difficiles pour mon os frontal, que je fais des choses un peu fofolles. Rassurez-vous, je n’ai pas décidé de partir en Irak, comme mon papou d’amour décomposé l'a cru dans un premier temps. Je pars juste au Liban. J’ai sauté sur le stage de deux mois à RFI, mais je pars surtout dans l’espoir de devenir une otage célèbre (et qu’on ne me gonfle plus avec noël les six prochaines années. Quelle veinarde cette Ingrid Bétancourt). J’ai mis toutes les chances de mon côté, je pars avec le baroudeur de service, il est grand, blond aux yeux bleus et s’appelle Samuel. Avec ça, si on nous prend pas pour des espions russes, (et juifs)… Lui, n’a pas l’air particulièrement inquiet, il me dit même que, là-bas, la chirurgie esthétique ça coûte que dalle, que je pourrais me faire refaire la poitrine sans aucun problème.
Pour l’instant, mes pensées ne sont pas très journalistiques (vous m’aviez peut-être déjà grillé sur ce coup-là), anyway, je me vois déjà me rouler dans des kilomètres de tissu d’une beauté toute orientale et me bâfrer de gâteaux au miel et aux pistaches. Je vais pouvoir m’abreuver de rhum-mecca cola et devenir enfin une terre sainte grâce à ce qu’on appellerait un “Beyrouth libre” (si c’est dégueu, je file à Cuba, c’est évident). Le challenge ne me paraît pas tellement différent à Paris : éviter le martyre qui se vautre dans le bloody merry. Il faut que je me mette sérieusement à la préparation de ce voyage, une de mes priorités étant d’envoyer une jolie photo de moi à toutes les agences de presse (je vais peut-être attendre d’avoir posé nu pour Playboy), les photos des otages sont en général tellement dégueulasses…
Allez, viens Petra, allons manger des falafels et voir si les mecs bandent plus à Beyrouth.
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