jeudi 21 février 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
« La numérotation est standard, lui dis-je. Si tu mets sur soixante, tu auras un battement par seconde, oui, comme pour le cœur. Laisse-moi sentir ton cœur battre du bout de ma langue. » Elle me laisse faire, comme elle me laisse tout faire, sans mot dire, presque sans complicité. Je poursuis : « En fait, avant qu’on l’invente, en 1812, je te parle de l’ancien modèle, il n’y avait pas de notation de tempo sur les partitions. Les traités généraux sur le rythme suggérait de se baser sur les battements du cœur pour un certain type d’allegro. On disait : « Prenez votre pouls, et réglez le tempo dessus. : Laisse-moi te prendre le pouls du bout de mon sexe. Assieds-toi sur ma bite, Consuela, on va jouer avec le rythme. Non, ça n’est pas un allegro rapide, hein ? Loin de là… Figure-toi qu’aucun morceau de Mozart ne possède d’annotations de tempos, et tu sais pourquoi ? Rappelle-toi qu’à la mort de Mozart… » Mais là je sens monter l’orgasme la leçon fantasmatique s’arrête et, pour l’instant, je cesse d’être malade de désir. N’est-ce pas Yeats qui l’a écrit : « comme mon cœur ; malade de désir, / et attaché à une bête qui meurt / il ne sait ce qu’il lui arrive » ? Yeats, oui. « Captif de cette musique sensuelle », etc. (Philip Roth)
On voit ici que de jeunes enfants, Surtout de jeunes filles Belles, bien faites, et gentilles, Font très mal d’écouter toutes sortes de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange. Je dis le Loup, car tous les Loups ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.
Le drame d’une vie peut toujours être exprimé par la métaphore de la pesanteur. On dit qu’un fardeau nous est tombé sur les épaules. On porte ce fardeau, on le supporte ou on ne le supporte pas, on lutte avec lui, on perd ou on gagne. Mais au juste, qu’était-il arrivé à Sabina ? Rien. Elle avait quitté un homme parce qu’elle voulait le quitter. L’avait-il poursuivie après cela ? avait-il cherché à se venger ? Non. Son drame n’était pas le drame de la pesanteur, mais de la légèreté. Ce qui s’était abattu sur elle, ce n’était pas un fardeau, mais l’insoutenable légèreté de l’être.
(Kundera)
En dépit des difficultés de mon histoire, en dépit des malaises, des doutes, des désespoirs, en dépit des envies d’en sortir, je n’arrête pas d’affirmer en moi-même l’amour comme une valeur. Tous les arguments que les systèmes les plus divers emploient pour démystifier, limiter, effacer, bref déprécier l’amour, je les écoute, mais je m’obstine: “je sais bien, mais quand même…” Je renvoie les dévaluations de l’amour à une sorte de morale obscurantiste, à un réalisme-farce, contre lesquels je dresse le réel de la valeur : j’oppose à tout “ce qui ne va pas” dans l’amour, l’affirmation de ce qui vaut en lui. Cet entêtement, c’est la protestation d’amour : sous le concert des “bonnes raisons” d’aimer autrement, d’aimer mieux, d’aimer sans être amoureux, etc., une voix têtue se fait entendre qui dure un peu plus longtemps : voix de l’intraitable amoureux. (Roland Barthes)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire