
(Jan Dunning, http://a-dream-like-this.blogspot.com/search?updated-max=2008-03-12T13%3A53%3A00-07%3A00&max-results=7)
Il est 19h, je sors du « travail » et je stresse. Pourvu que le lavomatique soit encore ouvert. Le terre-à-terre m’a kidnappé, j’ai de la bouillasse dans la bouche, les yeux et le nez. Heureusement, y’a du soleil, l’air est doux, 1er avril, manquerait plus que je me tape une bonne grosse giboulée. Je vérifie, me contorsionne, mais non, je n’ai même pas de poisson collé dans le dos.
Ce matin, je ne suis pas levée depuis trois minutes, je commence par renverser mon bol de muesli aux fruits Monoprix. Pas facile de ne pas être face contre terre, lorsque, accroupie sur le carrelage, je joue de la balayette de si bon matin. J’essaie de faire preuve de beaucoup d’imagination, de faire preuve de force de caractère pour ne pas céder à la tentation, pour ne pas replonger direct sous la couette. Pas évident quand on a encore les yeux tous boursouflés de se mettre à rêver à toutes ces choses passionnantes que l’on peut faire dans une journée, alors que j’essaie de récupérer les petites noisettes et les pétales de corn-flakes éparpillés.
Allez hop, j’essaie, je me lance. Je me mets dans la situation d’un décor de ciné. Mon bosse me demande un lac, très grand, mais pas trop loin, les herbes hautes, mais pas trop, une forêt ambiance jardin d’Eden, des alentours vallonnés, et une route qui pourrait éventuellement serpenter. Bon. Je me demande si ça me fait rêver, si au paradis y’a des routes goudronnées. J’essaie de m’envoler, mais il faut se rendre à l’évidence, je ne fais que surfer sur google earth, et je ne peux tout simplement pas m’empêcher de me demander, est-ce que demain j’aurai des chaussettes propres, est-ce que mes petites culottes auront bien eu le temps de sécher?

Cette vie-là je la déteste, je la maudis. J’y échappe parfois. A ma grande surprise, quand je vais à Monoprix, acheter du pain et du café, comme si ma vie en dépendait. Et que je reviens avec un paquet de coton et des Danettes au chocolat, je me demande ce qu’il s’est
passé, où j’ai bien pu aller. Pendant quelques minutes, j’ai quitté la terre des produits de première nécessité. Quelques secondes j’ai pu profiter de la bulle douceur et futilité.
19:30, limite pour la dernière machine. Je mélange le blanc et les couleurs. Elle t’a pas appris ta mère ? Ben non, il est pas pareil son terre-à-terre à elle. Elle m’a foutu les mains dans la glaise ma mère, celle avec laquelle on fait des petits bonhommes, des vases et des boudins, avec laquelle on part dans un rêve. Alors ouais, je mélange le blanc et la couleur et je vous emmerde.
Le printemps, c’est capricieux et surprenant. Pluie et soleil alternent inlassablement comme s’ils se couraient après sans jamais pouvoir se rattraper, ils jouent avec ma sensibilité.
Soleil, le 2 avril Hilda est née, encore une qui a bien été obligée de quitter sa bulle pour la terre qu’elle va attaquer, forte de tous ses doigts de pied.
Pluie, je suis dans la rue c’est normal, je ne suis même pas fâchée, sûrement parce que le but de ma promenade est d’abord de m’acheter une paire de chaussure, mais aussi parce que j’ai tellement la gueule de bois que je compte sur ces trombes d’eau pour décongestionner mon cerveau embué.
Neige, il est 3 :46, j’ai bien rigolé, j’ai compté 946 pas sous les flocons de coton, c’est dimanche, le jour où les draps sont blancs et sentent bon, j’aime le bruit qu’ils font quand personne ne les a encore touchés, et finalement, j’aime le bruit de mes pas sur la terre enneigée.
2 commentaires:
marre dis ! tu es en retard
je ne te savais pas poète, même si j'avais toujours soupçonné que ta plume renfermait plus que nos soupirs névrosés d'étudiants..
bravo, je te lis avec délectation, et un peu de nostalgie, je l'avoue aussi..
baisers
margot
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