dimanche 18 mai 2008
La Gazette de Paris #22
She’s lost control, AGAIN
On n’a pas toujours le contrôle de la situation, et là, c’est peu de le dire.
Je suis fatiguée. J’ai la tête qui tourne. L’impression de marcher tout le temps sur la pointe des pieds. Je rétablis l’équilibre de justesse, je me cogne aux murs, en même temps c’est pas mal, ça m’évite de tomber, et ça me permet d’avoir une idée, parfois un peu douloureuse, des limites de l’espace qui m’entoure. Les limites, je les sens particulièrement bien quand j’encastre mon genou dans le mur au moment de rentrer dans la cabine de douche. Ou quand je me fais cracher dessus.
- Pardon madame…
Moi, d’un air désabusé, je n’attends plus rien de cette journée :
- Vous pourriez quand même faire attention…
Lui, d’un air énervé, qui n’a déjà pas l’habitude de s’excuser :
- Hey, ça va, j’ai dit pardon, quoi.
La journée n’était pas assez pourrie comme ça, j’essuie mon bras. Il fallait que je croise la trajectoire d’un crachat, comme ça, inopinément, par accident, à l’insu de mon plein gré. Nous sommes vendredi soir, je n’ai pas envie de vous voir, moi aussi j’ai envie de cracher, sans raison, sur le premier qui passe, je vais me coucher.
Ce n’est qu’une semaine plus tard que je décide finalement de remettre le nez dehors. Je regarde à droite, à gauche, je cours, j’essaie de passer à travers les seaux d’eau qui déferlent au moment précis où je sors du métro, je me dis que je vais forcément prendre une crotte de pigeon sur le coin du nez. Mais non, je suis beaucoup trop classe pour ça. Je rends donc grâce à ce monde injuste et je me contente d’un verre de vodka tonic, jeté, par erreur, sur mon petit débardeur noir qui n’avait rien demandé, par un ami un peu perdu, sur qui je n’avais même pas craché… L’idée m’a bien traversé l’esprit de lui répondre par la réciproque, mais je trouve la tirade d’une originalité limitée, et puis surtout j’avais envie de boire, j’avais envie d’avoir enfin une raison de vaciller, d’avoir une raison de ne pas contrôler la situation.
Je fais quoi moi ? Je vais m’enfermer. Comme ça, il ne pourra plus rien m’arriver. Rien du tout, rien du tout. Parce que moi, ce que j’aime, c’est pouvoir avoir le choix, voire d’avoir le choix de ne pas l’avoir. Pouvoir choisir que ce garçon, dans le métro, mette ça main entre mes jambes, ou pas. Parce que, par exemple, ce jour-là, moi, je ne voulais pas.
Comment ça, je ne peux pas être indécise ? Choisir, croire avoir raison, me tromper, changer, et prendre un autre plat, un autre garçon. Je suis responsable, donc j’ai le choix.
- Justine, tu vas toujours au yoga ?
- Lequel de gars ?
La vie comme questionnaire à choix multiple. J’ai juste un peu peur de me planter entre A, B, C, ou D… En règle général, je voudrais qu’il se passe quelque chose, mais cette semaine, je prie simplement pour que plus rien n’arrive, pour récupérer le contrôle… and she turned around and took me by the hand and said, I’ve lost control again.
On n’a pas toujours le contrôle de la situation, et là, c’est peu de le dire.
Je suis fatiguée. J’ai la tête qui tourne. L’impression de marcher tout le temps sur la pointe des pieds. Je rétablis l’équilibre de justesse, je me cogne aux murs, en même temps c’est pas mal, ça m’évite de tomber, et ça me permet d’avoir une idée, parfois un peu douloureuse, des limites de l’espace qui m’entoure. Les limites, je les sens particulièrement bien quand j’encastre mon genou dans le mur au moment de rentrer dans la cabine de douche. Ou quand je me fais cracher dessus.
- Pardon madame…
Moi, d’un air désabusé, je n’attends plus rien de cette journée :
- Vous pourriez quand même faire attention…
Lui, d’un air énervé, qui n’a déjà pas l’habitude de s’excuser :
- Hey, ça va, j’ai dit pardon, quoi.
La journée n’était pas assez pourrie comme ça, j’essuie mon bras. Il fallait que je croise la trajectoire d’un crachat, comme ça, inopinément, par accident, à l’insu de mon plein gré. Nous sommes vendredi soir, je n’ai pas envie de vous voir, moi aussi j’ai envie de cracher, sans raison, sur le premier qui passe, je vais me coucher.
Ce n’est qu’une semaine plus tard que je décide finalement de remettre le nez dehors. Je regarde à droite, à gauche, je cours, j’essaie de passer à travers les seaux d’eau qui déferlent au moment précis où je sors du métro, je me dis que je vais forcément prendre une crotte de pigeon sur le coin du nez. Mais non, je suis beaucoup trop classe pour ça. Je rends donc grâce à ce monde injuste et je me contente d’un verre de vodka tonic, jeté, par erreur, sur mon petit débardeur noir qui n’avait rien demandé, par un ami un peu perdu, sur qui je n’avais même pas craché… L’idée m’a bien traversé l’esprit de lui répondre par la réciproque, mais je trouve la tirade d’une originalité limitée, et puis surtout j’avais envie de boire, j’avais envie d’avoir enfin une raison de vaciller, d’avoir une raison de ne pas contrôler la situation.
Je fais quoi moi ? Je vais m’enfermer. Comme ça, il ne pourra plus rien m’arriver. Rien du tout, rien du tout. Parce que moi, ce que j’aime, c’est pouvoir avoir le choix, voire d’avoir le choix de ne pas l’avoir. Pouvoir choisir que ce garçon, dans le métro, mette ça main entre mes jambes, ou pas. Parce que, par exemple, ce jour-là, moi, je ne voulais pas.
Comment ça, je ne peux pas être indécise ? Choisir, croire avoir raison, me tromper, changer, et prendre un autre plat, un autre garçon. Je suis responsable, donc j’ai le choix.
- Justine, tu vas toujours au yoga ?
- Lequel de gars ?
La vie comme questionnaire à choix multiple. J’ai juste un peu peur de me planter entre A, B, C, ou D… En règle général, je voudrais qu’il se passe quelque chose, mais cette semaine, je prie simplement pour que plus rien n’arrive, pour récupérer le contrôle… and she turned around and took me by the hand and said, I’ve lost control again.
dimanche 4 mai 2008
La Gazette de Paris #21
Arrête ton cinéma

http://a-dream-like-this.blogspot.com/ Alex Prager
Juste au moment où je voudrais crier au monde entier d’arrêter de me frôler, de me bousculer. Au moment où je me demande s’il n’y a pas assez de place autour, au point où c’est à se demander si les gens n’ont pas besoin de se coller les uns aux autres, si c’est par peur du vide, par manque de chaleur qu’ils s’aimantent et recherchent le contact physique. C’est à ce moment-là, que le clochard du quai numéro 13 décide de se positionner à dix centimètres de la fermeture éclaire qui remonte jusqu’à mon menton. Ce n’est pas de sa faute, j’aurais crié de toutes les manières. J’avais déjà l’angoisse qui me montait au nez.
- Arrête ton cinéma.
- J’y vais.
Qu’est-ce que c’est bien la boîte toute noire. La boîte où l’on a le temps de penser la vie tranquillement, parce qu’elle est projetée et qu’on peut l’observer. On sait bien que c’est toujours beaucoup plus beau avec la distance de l’écran.
- J’aime bien aller seule au ciné. Quand je sors, pour une fois, je suis d’accord avec moi.
J’ai du mal à mettre un mot devant l’autre, j’ai les yeux au fond du trou. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est aller pleurer dans l'obscurité. Là, je dois vraiment être fatiguée, troisième bande annonce, je pleure déjà, pratique, il fait noir, je suis seule, tranquille, on ne me voit pas.
Aujourd’hui, il y a des jeunes, des vieilles, c’est chouette. Jusqu’à ce que la mamie derrière me demande de m’asseoir ailleurs, parce que je vais la gêner et dépasser de mon siège. J’ai failli lui demander si elle n’avait pas apporté son bottin, que si oui, elle savait où elle pouvait se le mettre, mais je pense quelques secondes aux respects des aînés, tout ça… Je me contente de la regarder avec mépris, de changer de place et de me dire qu’on ne peut vraiment pas être tranquille. Qu’est-ce que les gens sont cons, heureusement, comme dit papa, on n’est pas des gens.
Les Rolling Stones apparaissent à l’écran. Je suis un peu réconfortée. Hier encore, je lisais un article sur le rock français : « Ni sexe, ni drogue, juste du rock’n’roll ». J’ai honte. Quand je pense que dans les années 70, les filles se battaient pour arracher le costume en velours de Mick Jagger avec les dents, et qu’aujourd’hui, « Après le concert, pas d’orgies dans les loges, juste deux ou trois bières éclusées et quelques groupies n’osant pas franchir le pas. Epuisés, les BB Brunes se couchent tôt ». J’ai honte. C’est un peu comme si Pamela Des Barres, LE mythe de la groupie à elle toute seule, avait fait tout ça en vain. J’ai eu beau tenter de redonner tout son charme et ses lettres de noblesse au statut de groupie…, inconsciemment de perpétuer la tradition. Tout ça pour que des petites greluches n’osent même pas parler à des bébés rockers qui se couchent à 23 heures.
J’admire silencieusement les trois mamies de devant, je me mets à rêver, elles, c’étaient sûrement pas des mijaurées. Moi, de mon vivant, je m’engage par écrit à ne jamais devenir un "jeune bien élevé", et au moment de me réincarner, c’est sûr, ce sera en fauteuil de ciné, ou éventuellement en guitare de rock star, j’ai pas encore vraiment décidé…

http://a-dream-like-this.blogspot.com/ Alex Prager
Juste au moment où je voudrais crier au monde entier d’arrêter de me frôler, de me bousculer. Au moment où je me demande s’il n’y a pas assez de place autour, au point où c’est à se demander si les gens n’ont pas besoin de se coller les uns aux autres, si c’est par peur du vide, par manque de chaleur qu’ils s’aimantent et recherchent le contact physique. C’est à ce moment-là, que le clochard du quai numéro 13 décide de se positionner à dix centimètres de la fermeture éclaire qui remonte jusqu’à mon menton. Ce n’est pas de sa faute, j’aurais crié de toutes les manières. J’avais déjà l’angoisse qui me montait au nez.
- Arrête ton cinéma.
- J’y vais.
Qu’est-ce que c’est bien la boîte toute noire. La boîte où l’on a le temps de penser la vie tranquillement, parce qu’elle est projetée et qu’on peut l’observer. On sait bien que c’est toujours beaucoup plus beau avec la distance de l’écran.
- J’aime bien aller seule au ciné. Quand je sors, pour une fois, je suis d’accord avec moi.
J’ai du mal à mettre un mot devant l’autre, j’ai les yeux au fond du trou. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est aller pleurer dans l'obscurité. Là, je dois vraiment être fatiguée, troisième bande annonce, je pleure déjà, pratique, il fait noir, je suis seule, tranquille, on ne me voit pas.
Aujourd’hui, il y a des jeunes, des vieilles, c’est chouette. Jusqu’à ce que la mamie derrière me demande de m’asseoir ailleurs, parce que je vais la gêner et dépasser de mon siège. J’ai failli lui demander si elle n’avait pas apporté son bottin, que si oui, elle savait où elle pouvait se le mettre, mais je pense quelques secondes aux respects des aînés, tout ça… Je me contente de la regarder avec mépris, de changer de place et de me dire qu’on ne peut vraiment pas être tranquille. Qu’est-ce que les gens sont cons, heureusement, comme dit papa, on n’est pas des gens.
Les Rolling Stones apparaissent à l’écran. Je suis un peu réconfortée. Hier encore, je lisais un article sur le rock français : « Ni sexe, ni drogue, juste du rock’n’roll ». J’ai honte. Quand je pense que dans les années 70, les filles se battaient pour arracher le costume en velours de Mick Jagger avec les dents, et qu’aujourd’hui, « Après le concert, pas d’orgies dans les loges, juste deux ou trois bières éclusées et quelques groupies n’osant pas franchir le pas. Epuisés, les BB Brunes se couchent tôt ». J’ai honte. C’est un peu comme si Pamela Des Barres, LE mythe de la groupie à elle toute seule, avait fait tout ça en vain. J’ai eu beau tenter de redonner tout son charme et ses lettres de noblesse au statut de groupie…, inconsciemment de perpétuer la tradition. Tout ça pour que des petites greluches n’osent même pas parler à des bébés rockers qui se couchent à 23 heures.
J’admire silencieusement les trois mamies de devant, je me mets à rêver, elles, c’étaient sûrement pas des mijaurées. Moi, de mon vivant, je m’engage par écrit à ne jamais devenir un "jeune bien élevé", et au moment de me réincarner, c’est sûr, ce sera en fauteuil de ciné, ou éventuellement en guitare de rock star, j’ai pas encore vraiment décidé…
lundi 21 avril 2008
Gazette de Paris #20
Papillon de Nuit

- Bonne journée.
- Bonne nuit.
- Merci.
Bonjour, ou bonsoir. Je ne sais plus. Je suis perdue. Le chauffeur de taxi n’a pas de doute, lui, il lit dans les petites poches sous mes yeux comme dans un livre ouvert : « bonne nuit ». Ça lui ferait presque plaisir cette fatigue qu’il déchiffre sur mon visage. Il se sent moins seul. On se regarde tous les deux et nous partageons la compassion de ceux qui travaillent la nuit.
Bonsoir à tous, il est 1h00.
Les bureaux, c’est comme les bords de mer. Je préfère quand il n’y a pas trop de soleil et que c’est désert. La nuit à la radio, je suis comme un poisson dans l’eau, un papillon de nuit, un papillon dans l'eau. Je suis juste un peu déçue, ni sable, ni galet, de toute façon j’ai oublié mon maillot. Les heures passent au rythme des vagues du flash info et des dépêches Afp que je prie désespérément de déferler.
Bonjour, il est 2h00.
La nuit, le challenge et les problèmes ne sont pas les mêmes. C’est la première fois que je manque de m’évanouir à la vue d’une machine à café cassée. Et quand je parle à l’antenne alors qu’il ne faut pas, que Xavier Bertrand frôle la promotion de ministre de l’éducation et que je trébuche sur les mots comme dans les escaliers du PP alors que je ne suis même pas bourrée, et bien ce n’est pas grave, puisque de toute façon vous n’écoutiez pas. Je serais même parfois tentée d’annoncer les Jeux Olymchique en Pine et de me présenter au prix de la meilleure contrepèterie.
Bonjour, il est 5h00.
- Vous vous levez ou vous allez vous coucher ?
- J’avoue que je ne sais plus très bien non plus. Vous avez qu’à faire un détour par le Baron, je viens de retrouver un ticket boisson dans la poche arrière de mon jean, et puis c’est à côté. En fait non, laissez tomber, on est déjà aujourd’hui et ma nuit va commencer.
Aujourd’hui, je me réveille à peine, je suis encore toute décoiffée, je coupe ma frange, je mets toutes les chances de mes côtés, au risque de dévoiler mes yeux cernés. Chez le coiffeur, à côté de moi un mec est là, avec son journal et un demi, tout le monde se fout de sa gueule, moi je me dis simplement qu’il a tout compris. Un peu plus tard, je fais la queue au supermarché, le couple devant achète un quart de litre de rouge, et ça, ça me fait carrément flipper. Comme s’il fallait dormir la nuit et vivre la journée, comme s’il fallait toujours faire les choses à moitié.
Et bien non, pas question. Ce soir, comme dit Célinette, on va aller zouker des mecs. Mais au bord de la piste de danse, c’est Transpotting le remake, j’ai beau ne pas prendre de drogue, j’ai l’impression d’être dans la peau de Mark Renton. Je file, comme mes collants après avoir trébuché. J’appelle un taxi, je sais d’avance que dans son regard, la compassion aura disparu, qu’il se doute que je n’enregistre pas les flashs en direct du Paris Paris, et que c’est lui qui m’a jeté un sort pour que je tombe dans les escaliers.
C’est la fin de ce flash… demain il fera 14˚ à Paris, 19˚à Marseille…. La matinée sera nuageuse et humide... il y aura bien quelques éclaircies au cours de la journée, mais elles seront timides...

- Bonne journée.
- Bonne nuit.
- Merci.
Bonjour, ou bonsoir. Je ne sais plus. Je suis perdue. Le chauffeur de taxi n’a pas de doute, lui, il lit dans les petites poches sous mes yeux comme dans un livre ouvert : « bonne nuit ». Ça lui ferait presque plaisir cette fatigue qu’il déchiffre sur mon visage. Il se sent moins seul. On se regarde tous les deux et nous partageons la compassion de ceux qui travaillent la nuit.
Bonsoir à tous, il est 1h00.
Les bureaux, c’est comme les bords de mer. Je préfère quand il n’y a pas trop de soleil et que c’est désert. La nuit à la radio, je suis comme un poisson dans l’eau, un papillon de nuit, un papillon dans l'eau. Je suis juste un peu déçue, ni sable, ni galet, de toute façon j’ai oublié mon maillot. Les heures passent au rythme des vagues du flash info et des dépêches Afp que je prie désespérément de déferler.
Bonjour, il est 2h00.
La nuit, le challenge et les problèmes ne sont pas les mêmes. C’est la première fois que je manque de m’évanouir à la vue d’une machine à café cassée. Et quand je parle à l’antenne alors qu’il ne faut pas, que Xavier Bertrand frôle la promotion de ministre de l’éducation et que je trébuche sur les mots comme dans les escaliers du PP alors que je ne suis même pas bourrée, et bien ce n’est pas grave, puisque de toute façon vous n’écoutiez pas. Je serais même parfois tentée d’annoncer les Jeux Olymchique en Pine et de me présenter au prix de la meilleure contrepèterie.
Bonjour, il est 5h00.
- Vous vous levez ou vous allez vous coucher ?
- J’avoue que je ne sais plus très bien non plus. Vous avez qu’à faire un détour par le Baron, je viens de retrouver un ticket boisson dans la poche arrière de mon jean, et puis c’est à côté. En fait non, laissez tomber, on est déjà aujourd’hui et ma nuit va commencer.
Aujourd’hui, je me réveille à peine, je suis encore toute décoiffée, je coupe ma frange, je mets toutes les chances de mes côtés, au risque de dévoiler mes yeux cernés. Chez le coiffeur, à côté de moi un mec est là, avec son journal et un demi, tout le monde se fout de sa gueule, moi je me dis simplement qu’il a tout compris. Un peu plus tard, je fais la queue au supermarché, le couple devant achète un quart de litre de rouge, et ça, ça me fait carrément flipper. Comme s’il fallait dormir la nuit et vivre la journée, comme s’il fallait toujours faire les choses à moitié.
Et bien non, pas question. Ce soir, comme dit Célinette, on va aller zouker des mecs. Mais au bord de la piste de danse, c’est Transpotting le remake, j’ai beau ne pas prendre de drogue, j’ai l’impression d’être dans la peau de Mark Renton. Je file, comme mes collants après avoir trébuché. J’appelle un taxi, je sais d’avance que dans son regard, la compassion aura disparu, qu’il se doute que je n’enregistre pas les flashs en direct du Paris Paris, et que c’est lui qui m’a jeté un sort pour que je tombe dans les escaliers.
C’est la fin de ce flash… demain il fera 14˚ à Paris, 19˚à Marseille…. La matinée sera nuageuse et humide... il y aura bien quelques éclaircies au cours de la journée, mais elles seront timides...
lundi 14 avril 2008
Gazette de Paris #19
Ménage de printemps.

Elle ne court plus après personne, but herself, parce que c’est déjà bien assez fatigant comme ça. C’est un jour de fièvre, un jour de printemps, elle tente de desserrer l’étau autour de sa tête, histoire de passer un petit coup de balai, d’y faire du rangement. La tête s’échauffe, mais impossible de se coucher avant d’avoir tout ranger, les robes, les unes après les autres, la vaisselle, la casserole où les patates ont brûlé, les verres, les uns après les autres, les mots, les vrais et les faux amis, tout ne va pas pouvoir rentrer dans le cagibi, c’est sûr il va falloir jeter.
L’hémisphère droit se dit de ne pas tout bazarder, ne pas s’énerver, juste s’éloigner. Que le problème, ce n’est pas la méchanceté, ni le mal que certains peuvent porter. L’hémisphère droit doit s’éloigner puisque, parfois, le bien que vous lui voulez ne l’atteint tout simplement pas. Il veut arrêter d’attendre que tout le monde soit là, parce que sinon il n’avance pas.
L’hémisphère gauche décide de prendre l’air, de prendre ses jambes à son coup et de sortir de Paris, il fait du tri et retombe sur des souvenirs, tout un tiroir en est rempli, de visages étrangers et d’accents new-yorkais. Alors il se goinfre de bagels, devient accro au Starbucks et dans la nuit lorsqu’on lui murmure cette langue bien particulière, un court-circuit fait tout sauter et sous la couette il se met à hurler « God loves America ! »
Mais le cerveau tout entier a la migraine. Et malgré toutes les petites pilules de Nurofen il n’arrive pas à reprendre haleine. À défaut des gens, c’est avec les mots que ses neurones se sentent le plus à l’aise, il jette l’éponge et plonge dans ces vies écrites noir sur blanc, il s’identifie aux personnages de roman. C’est alors que tout devient lisse et fait sens pour un instant.
-J’ai souvent le sentiment que rien n’a d’importance. Ce sentiment n’est pas malheureux. Il est plutôt tranquille, calme. D’ailleurs c’est moins un sentiment qu’une évidence –une vérité de loin venue, une neige qui couvre presque tout.
-Pourquoi « presque tout » : qu’est-ce qui résiste à cette « vérité » ?
-Trois choses seulement trois. Ou plutôt une seule chose, la même entrevue dans ses trois états : solitude, silence, amour.
La tête est pleine, il faut faire de la place, un peu de vide. Une solitude bien propre ne lui pèsera sûrement pas. Ma mémoire va exploser, je vais en virer quelques images, me débarrasser de quelques connaissances qui ne sont qu’illusions, pas besoin de s’embarrasser, facebook est là pour ça, pour voir comme on brille bien en société. Autour de la mémoire vide, des dizaines de méninges ne se donnent pas la peine de décrocher, d’autres ne cessent de répéter : « Je suis débordée, overbookée, trop à la bourre, désolée... » Mais t’es surtout trop in, tu cours, t’as trop la classe, t’es sûrement hyper important comme cerveau...
Dommage, parce que toi, t’as pas le temps de faire le ménage.
Au regard du monde, les gens de pouvoir tiennent la place la plus haute. Au regard de l’esprit, ils occupent la place la plus basse et n’appellent que cette compassion que l’on éprouve devant les lourdes infirmités. (Christian Bobin)

Elle ne court plus après personne, but herself, parce que c’est déjà bien assez fatigant comme ça. C’est un jour de fièvre, un jour de printemps, elle tente de desserrer l’étau autour de sa tête, histoire de passer un petit coup de balai, d’y faire du rangement. La tête s’échauffe, mais impossible de se coucher avant d’avoir tout ranger, les robes, les unes après les autres, la vaisselle, la casserole où les patates ont brûlé, les verres, les uns après les autres, les mots, les vrais et les faux amis, tout ne va pas pouvoir rentrer dans le cagibi, c’est sûr il va falloir jeter.
L’hémisphère droit se dit de ne pas tout bazarder, ne pas s’énerver, juste s’éloigner. Que le problème, ce n’est pas la méchanceté, ni le mal que certains peuvent porter. L’hémisphère droit doit s’éloigner puisque, parfois, le bien que vous lui voulez ne l’atteint tout simplement pas. Il veut arrêter d’attendre que tout le monde soit là, parce que sinon il n’avance pas.
L’hémisphère gauche décide de prendre l’air, de prendre ses jambes à son coup et de sortir de Paris, il fait du tri et retombe sur des souvenirs, tout un tiroir en est rempli, de visages étrangers et d’accents new-yorkais. Alors il se goinfre de bagels, devient accro au Starbucks et dans la nuit lorsqu’on lui murmure cette langue bien particulière, un court-circuit fait tout sauter et sous la couette il se met à hurler « God loves America ! »
Mais le cerveau tout entier a la migraine. Et malgré toutes les petites pilules de Nurofen il n’arrive pas à reprendre haleine. À défaut des gens, c’est avec les mots que ses neurones se sentent le plus à l’aise, il jette l’éponge et plonge dans ces vies écrites noir sur blanc, il s’identifie aux personnages de roman. C’est alors que tout devient lisse et fait sens pour un instant.
-J’ai souvent le sentiment que rien n’a d’importance. Ce sentiment n’est pas malheureux. Il est plutôt tranquille, calme. D’ailleurs c’est moins un sentiment qu’une évidence –une vérité de loin venue, une neige qui couvre presque tout.
-Pourquoi « presque tout » : qu’est-ce qui résiste à cette « vérité » ?
-Trois choses seulement trois. Ou plutôt une seule chose, la même entrevue dans ses trois états : solitude, silence, amour.
La tête est pleine, il faut faire de la place, un peu de vide. Une solitude bien propre ne lui pèsera sûrement pas. Ma mémoire va exploser, je vais en virer quelques images, me débarrasser de quelques connaissances qui ne sont qu’illusions, pas besoin de s’embarrasser, facebook est là pour ça, pour voir comme on brille bien en société. Autour de la mémoire vide, des dizaines de méninges ne se donnent pas la peine de décrocher, d’autres ne cessent de répéter : « Je suis débordée, overbookée, trop à la bourre, désolée... » Mais t’es surtout trop in, tu cours, t’as trop la classe, t’es sûrement hyper important comme cerveau...
Dommage, parce que toi, t’as pas le temps de faire le ménage.
Au regard du monde, les gens de pouvoir tiennent la place la plus haute. Au regard de l’esprit, ils occupent la place la plus basse et n’appellent que cette compassion que l’on éprouve devant les lourdes infirmités. (Christian Bobin)
mardi 8 avril 2008
La Gazette de Paris #18
T’as de la terre dans le nez

(Jan Dunning, http://a-dream-like-this.blogspot.com/search?updated-max=2008-03-12T13%3A53%3A00-07%3A00&max-results=7)
Il est 19h, je sors du « travail » et je stresse. Pourvu que le lavomatique soit encore ouvert. Le terre-à-terre m’a kidnappé, j’ai de la bouillasse dans la bouche, les yeux et le nez. Heureusement, y’a du soleil, l’air est doux, 1er avril, manquerait plus que je me tape une bonne grosse giboulée. Je vérifie, me contorsionne, mais non, je n’ai même pas de poisson collé dans le dos.
Ce matin, je ne suis pas levée depuis trois minutes, je commence par renverser mon bol de muesli aux fruits Monoprix. Pas facile de ne pas être face contre terre, lorsque, accroupie sur le carrelage, je joue de la balayette de si bon matin. J’essaie de faire preuve de beaucoup d’imagination, de faire preuve de force de caractère pour ne pas céder à la tentation, pour ne pas replonger direct sous la couette. Pas évident quand on a encore les yeux tous boursouflés de se mettre à rêver à toutes ces choses passionnantes que l’on peut faire dans une journée, alors que j’essaie de récupérer les petites noisettes et les pétales de corn-flakes éparpillés.
Allez hop, j’essaie, je me lance. Je me mets dans la situation d’un décor de ciné. Mon bosse me demande un lac, très grand, mais pas trop loin, les herbes hautes, mais pas trop, une forêt ambiance jardin d’Eden, des alentours vallonnés, et une route qui pourrait éventuellement serpenter. Bon. Je me demande si ça me fait rêver, si au paradis y’a des routes goudronnées. J’essaie de m’envoler, mais il faut se rendre à l’évidence, je ne fais que surfer sur google earth, et je ne peux tout simplement pas m’empêcher de me demander, est-ce que demain j’aurai des chaussettes propres, est-ce que mes petites culottes auront bien eu le temps de sécher?

Cette vie-là je la déteste, je la maudis. J’y échappe parfois. A ma grande surprise, quand je vais à Monoprix, acheter du pain et du café, comme si ma vie en dépendait. Et que je reviens avec un paquet de coton et des Danettes au chocolat, je me demande ce qu’il s’est
passé, où j’ai bien pu aller. Pendant quelques minutes, j’ai quitté la terre des produits de première nécessité. Quelques secondes j’ai pu profiter de la bulle douceur et futilité.
19:30, limite pour la dernière machine. Je mélange le blanc et les couleurs. Elle t’a pas appris ta mère ? Ben non, il est pas pareil son terre-à-terre à elle. Elle m’a foutu les mains dans la glaise ma mère, celle avec laquelle on fait des petits bonhommes, des vases et des boudins, avec laquelle on part dans un rêve. Alors ouais, je mélange le blanc et la couleur et je vous emmerde.
Le printemps, c’est capricieux et surprenant. Pluie et soleil alternent inlassablement comme s’ils se couraient après sans jamais pouvoir se rattraper, ils jouent avec ma sensibilité.
Soleil, le 2 avril Hilda est née, encore une qui a bien été obligée de quitter sa bulle pour la terre qu’elle va attaquer, forte de tous ses doigts de pied.
Pluie, je suis dans la rue c’est normal, je ne suis même pas fâchée, sûrement parce que le but de ma promenade est d’abord de m’acheter une paire de chaussure, mais aussi parce que j’ai tellement la gueule de bois que je compte sur ces trombes d’eau pour décongestionner mon cerveau embué.
Neige, il est 3 :46, j’ai bien rigolé, j’ai compté 946 pas sous les flocons de coton, c’est dimanche, le jour où les draps sont blancs et sentent bon, j’aime le bruit qu’ils font quand personne ne les a encore touchés, et finalement, j’aime le bruit de mes pas sur la terre enneigée.

(Jan Dunning, http://a-dream-like-this.blogspot.com/search?updated-max=2008-03-12T13%3A53%3A00-07%3A00&max-results=7)
Il est 19h, je sors du « travail » et je stresse. Pourvu que le lavomatique soit encore ouvert. Le terre-à-terre m’a kidnappé, j’ai de la bouillasse dans la bouche, les yeux et le nez. Heureusement, y’a du soleil, l’air est doux, 1er avril, manquerait plus que je me tape une bonne grosse giboulée. Je vérifie, me contorsionne, mais non, je n’ai même pas de poisson collé dans le dos.
Ce matin, je ne suis pas levée depuis trois minutes, je commence par renverser mon bol de muesli aux fruits Monoprix. Pas facile de ne pas être face contre terre, lorsque, accroupie sur le carrelage, je joue de la balayette de si bon matin. J’essaie de faire preuve de beaucoup d’imagination, de faire preuve de force de caractère pour ne pas céder à la tentation, pour ne pas replonger direct sous la couette. Pas évident quand on a encore les yeux tous boursouflés de se mettre à rêver à toutes ces choses passionnantes que l’on peut faire dans une journée, alors que j’essaie de récupérer les petites noisettes et les pétales de corn-flakes éparpillés.
Allez hop, j’essaie, je me lance. Je me mets dans la situation d’un décor de ciné. Mon bosse me demande un lac, très grand, mais pas trop loin, les herbes hautes, mais pas trop, une forêt ambiance jardin d’Eden, des alentours vallonnés, et une route qui pourrait éventuellement serpenter. Bon. Je me demande si ça me fait rêver, si au paradis y’a des routes goudronnées. J’essaie de m’envoler, mais il faut se rendre à l’évidence, je ne fais que surfer sur google earth, et je ne peux tout simplement pas m’empêcher de me demander, est-ce que demain j’aurai des chaussettes propres, est-ce que mes petites culottes auront bien eu le temps de sécher?

Cette vie-là je la déteste, je la maudis. J’y échappe parfois. A ma grande surprise, quand je vais à Monoprix, acheter du pain et du café, comme si ma vie en dépendait. Et que je reviens avec un paquet de coton et des Danettes au chocolat, je me demande ce qu’il s’est
passé, où j’ai bien pu aller. Pendant quelques minutes, j’ai quitté la terre des produits de première nécessité. Quelques secondes j’ai pu profiter de la bulle douceur et futilité.
19:30, limite pour la dernière machine. Je mélange le blanc et les couleurs. Elle t’a pas appris ta mère ? Ben non, il est pas pareil son terre-à-terre à elle. Elle m’a foutu les mains dans la glaise ma mère, celle avec laquelle on fait des petits bonhommes, des vases et des boudins, avec laquelle on part dans un rêve. Alors ouais, je mélange le blanc et la couleur et je vous emmerde.
Le printemps, c’est capricieux et surprenant. Pluie et soleil alternent inlassablement comme s’ils se couraient après sans jamais pouvoir se rattraper, ils jouent avec ma sensibilité.
Soleil, le 2 avril Hilda est née, encore une qui a bien été obligée de quitter sa bulle pour la terre qu’elle va attaquer, forte de tous ses doigts de pied.
Pluie, je suis dans la rue c’est normal, je ne suis même pas fâchée, sûrement parce que le but de ma promenade est d’abord de m’acheter une paire de chaussure, mais aussi parce que j’ai tellement la gueule de bois que je compte sur ces trombes d’eau pour décongestionner mon cerveau embué.
Neige, il est 3 :46, j’ai bien rigolé, j’ai compté 946 pas sous les flocons de coton, c’est dimanche, le jour où les draps sont blancs et sentent bon, j’aime le bruit qu’ils font quand personne ne les a encore touchés, et finalement, j’aime le bruit de mes pas sur la terre enneigée.
lundi 31 mars 2008
Gazette de Paris #17
Ni oui, ni non

(Corey Arnold, http://a-dream-like-this.blogspot.com/search?updated-max=2008-03-12T13%3A53%3A00-07%3A00&max-results=7)
Comment trouver un semblant de cohérence ?
Puisque moi ce que je préfère, c’est le paradoxe.
Alors oui je crève de faim et manger me donne la nausée, j’écoute la télé les yeux fermés, je dors les yeux ouverts quand je suis épuisée. Je voudrais appeler quelqu’un pour lui expliquer calmement que je ne veux plus le revoir, et vouloir dire exactement l’opposé. ça tombe bien, je n’ai pas ses coordonnées.
J’ai réponse à tout. Ni oui, ni non. Je ne comprends pas tout.
Pourquoi absolument chercher le bonheur ?
Puisque moi ce que j’aime tellement c’est pleurer et renifler.
Grandis Justine s’il te plait. Et bien pas plus tard que je ne sais plus trop quand, j’ai rêvé que mon chat mourrait. Dernier vestige de mon enfance. Pas la maison, ni la chambre, ni les parents ensembles, le chat Pépette est tout ce qui reste. Pauvre petite bête, sur qui retombe la responsabilité de me dire en rêve que ma vie d’adulte a commencé.
Ma vie d’adulte ?
Et les caprices de l’enfance ?
Tout ça ressemble à une grosse panne d’oreiller, j’ai oublié de changer l’heure du réveil, je reste à l’heure d’hiver, celle de l’hibernation et du sommeil. Je reste à l’heure de la petite enfance où tous les jours de la semaine ressemblent à un jour férié. Le lundi de Pâques est un de mes préférés. Les trottoirs sont vides, et tous les gens qui sont habituellement là exprès, je le sais, pour me bousculer sont ce jour-là trop occupés à manger des petits œufs en famille, sous la grêle, bien fait. Ils ne comprennent pas que les lapins ne sortent pas des chapeaux mais de la poche des garçons. Moi évidemment j’attends qu’il en sorte une sucette en forme de cœur qui ait le goût de l’amour. Pour l’instant, il n’y a que le colorant qui tâche mes lèvres d’enfant.
J’aime les gens, mais pas tout le temps, pas quand ils m’empêchent d’avancer dans les musées et me donnent l’impression d’être à contresens en toute impunité. Cette semaine, à la fondation Cartier, apparemment, ce sont les gens que l’on vient observer. C’est obscène, je ne vois pas grand chose, surtout du beau monde qui se regarde en train de se masturber, et ce couple qui ne fait que s’embrasser, et ceux qui ne font que s’engueuler, placés de manière stratégique, juste devant mon nez. Je croyais être au vernissage de Patti Smith, pas dans une boîte échangiste. Je ne sais pas si je suis frigide ou si tout ça ne me touche pas, pas même du bout des doigts.
Qu’est-ce qui s’est passé depuis l’adolescence ?
Where is John ?
John is in the kitchen, euh no sorry, my mistake, John is up your ass.La vache, les cours d’anglais ont bien changé depuis la 6ème B. Ni maman, ni putain, mais de plus en plus dur d'avoir l'air éffarouché.
Je suis claquée, cliquée, affamée, toutes les ampoules ont pété. Ce serait tellement plus simple s’il suffisait de double cliquer, s’il suffisait d’un contrôle clique droit pour ingurgiter et être rassasié.
Quand j’étais petite, au "ni oui ni non" je répondais systématiquement « bah évidemment ». Mais y’a toujours un jour où on se fait avoir, et ce fût celui où je répondis, très sûre de moi, «bah évidemment que non ». Aujourd’hui, j’aimerais toucher du doigt un semblant de solution.
Enfin, une solution qui se situerait quelque part entre oui et non.

(Corey Arnold, http://a-dream-like-this.blogspot.com/search?updated-max=2008-03-12T13%3A53%3A00-07%3A00&max-results=7)
Comment trouver un semblant de cohérence ?
Puisque moi ce que je préfère, c’est le paradoxe.
Alors oui je crève de faim et manger me donne la nausée, j’écoute la télé les yeux fermés, je dors les yeux ouverts quand je suis épuisée. Je voudrais appeler quelqu’un pour lui expliquer calmement que je ne veux plus le revoir, et vouloir dire exactement l’opposé. ça tombe bien, je n’ai pas ses coordonnées.
J’ai réponse à tout. Ni oui, ni non. Je ne comprends pas tout.
Pourquoi absolument chercher le bonheur ?
Puisque moi ce que j’aime tellement c’est pleurer et renifler.
Grandis Justine s’il te plait. Et bien pas plus tard que je ne sais plus trop quand, j’ai rêvé que mon chat mourrait. Dernier vestige de mon enfance. Pas la maison, ni la chambre, ni les parents ensembles, le chat Pépette est tout ce qui reste. Pauvre petite bête, sur qui retombe la responsabilité de me dire en rêve que ma vie d’adulte a commencé.
Ma vie d’adulte ?
Et les caprices de l’enfance ?
Tout ça ressemble à une grosse panne d’oreiller, j’ai oublié de changer l’heure du réveil, je reste à l’heure d’hiver, celle de l’hibernation et du sommeil. Je reste à l’heure de la petite enfance où tous les jours de la semaine ressemblent à un jour férié. Le lundi de Pâques est un de mes préférés. Les trottoirs sont vides, et tous les gens qui sont habituellement là exprès, je le sais, pour me bousculer sont ce jour-là trop occupés à manger des petits œufs en famille, sous la grêle, bien fait. Ils ne comprennent pas que les lapins ne sortent pas des chapeaux mais de la poche des garçons. Moi évidemment j’attends qu’il en sorte une sucette en forme de cœur qui ait le goût de l’amour. Pour l’instant, il n’y a que le colorant qui tâche mes lèvres d’enfant.
J’aime les gens, mais pas tout le temps, pas quand ils m’empêchent d’avancer dans les musées et me donnent l’impression d’être à contresens en toute impunité. Cette semaine, à la fondation Cartier, apparemment, ce sont les gens que l’on vient observer. C’est obscène, je ne vois pas grand chose, surtout du beau monde qui se regarde en train de se masturber, et ce couple qui ne fait que s’embrasser, et ceux qui ne font que s’engueuler, placés de manière stratégique, juste devant mon nez. Je croyais être au vernissage de Patti Smith, pas dans une boîte échangiste. Je ne sais pas si je suis frigide ou si tout ça ne me touche pas, pas même du bout des doigts.
Qu’est-ce qui s’est passé depuis l’adolescence ?
Where is John ?
John is in the kitchen, euh no sorry, my mistake, John is up your ass.La vache, les cours d’anglais ont bien changé depuis la 6ème B. Ni maman, ni putain, mais de plus en plus dur d'avoir l'air éffarouché.
Je suis claquée, cliquée, affamée, toutes les ampoules ont pété. Ce serait tellement plus simple s’il suffisait de double cliquer, s’il suffisait d’un contrôle clique droit pour ingurgiter et être rassasié.
Quand j’étais petite, au "ni oui ni non" je répondais systématiquement « bah évidemment ». Mais y’a toujours un jour où on se fait avoir, et ce fût celui où je répondis, très sûre de moi, «bah évidemment que non ». Aujourd’hui, j’aimerais toucher du doigt un semblant de solution.
Enfin, une solution qui se situerait quelque part entre oui et non.
dimanche 23 mars 2008
Gazette de Paris #16
Mange pas tes doigts !

(Alex Prager, http://a-dream-like-this.blogspot.com/)
Je suis dans ma tête, j’y suis plus. Je suis dans ma tête, j’y suis. J’y suis, j’y suis plus. T’es où ? Je sais plus.
Arrêter de se poser des questions. Je rends les armes. Que tout le monde se taise. On fait une pause juste pour cette semaine, parce que j’en peux plus. On fait comme les bébés, on suce son pouce plutôt que de se manger les doigts, plus que deux réponses possibles, oui, non, j’aime, j’aime pas. Je ne pense pas, je ne pense pas, je ne suis pas, vous ne me voyez pas.
Ça c’est un défi ou je ne m’y connais pas. Je ferme les yeux, putain, les parasites sont encore là, mon cerveau est bourré d’interférences… j’ai beau essayer de faire illusion, de me laver avec du bébé Cadum, j’ai du mal à retrouver l’insouciance. J’ai encore rêvé que je faisais du patin à roulettes sur du gravier. Grand, grand moment de solitude, j’ai les genoux tout écorchés.
Bon, mais vous faites quoi vous quand vous ne pensez pas ? Vous profitez de la vie, bah tiens, elle est bien bonne, c’est pas un peu trop facile ça ? Parce que moi j’ai l’impression qu’il y a le narrateur principal et moi, acteur et parfois spectateur, malgré moi. Comme si une histoire parallèle me collait au cul. Forcément, j’y suis plus.
Je pose la tête sur le ventre de ma sœur, la grosse bulle protectrice, le coquillage à travers lequel on écoute la mer. J’y suis, au cœur de la mère, et j’entends celui de l’enfant. Ça fait un bruit sourd et rassurant, ils ont l’air bien tous les deux là-dedans. Et là je me dis que le bébé a quand même la chance improbable de ne pas entendre avec distinction les grosses conneries et la vulgarité dont mes oreilles sont parfois victimes.
L’autre jour à la laverie, cette poufiasse, j’ai failli lui enfourner la tête dans le séchoir électrique. Heureusement, mon esprit divague et je me rappelle les fantasmes de mes copines :
- J’aimerais qu’il me prenne sur la machine à laver, mais je n’ose pas le lui demander.
- Bah moi, c’est pas pratique, on fait la lessive au lavomatique.
Et c’est là que la médiocrité du quotidien peut être améliorée. Quand, un samedi après-midi, vous achetez une machine à laver chez Darty. C’est dans ces moments-là que les options prennent tout leur intérêt, que ce n’est pas le moment de lésiner sur un programme complet : prélavage, essorage, séchage, repassage, mariage. Prenez toute la panoplie.
Je n’écoute pas de la musique pour le plaisir d’entendre inlassablement les trois albums qui tournent en boucle sur mon Mp3. Mes écouteurs sont là en cas d’extrême urgence, d’angoisse de la connasse ou des enfants qui pleurent, pire de la banalité, chose de la vie à laquelle on peut difficilement échapper. « Passe-moi le sel », tout ça, c’est pas pour moi. Vous me direz, on va pas en faire une comédie musicale à chaque fois… bon bah vas-y passe-moi le sel…
Pauvre petite chose. Non, non, ne sors pas. Ne te laisse pas avoir, les bikinis ont remplacé les collants en laine à Monoprix, mais c’est un leurre, il fait encore beaucoup trop froid. Prends exemple sur moi, quand il grêle, je reste chez moi, dans la vie, toujours essayer de profiter d’une accalmie. Petit enfant, tu fais le malin, hein. Quand je serai grand je serai…. Blablabla, si tu crois que c’est aussi fastoche. Tu vas me répondre, c’est celui qui le dit qui y est, et ce serait fort à propos. Que sont devenus mes rêves d’enfants ? Je voulais être bouchère.
1. Ça peut toujours arriver si on me fait trop chier.
2. Dexter n’a qu’à bien se tenir.
3. Y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Cette semaine j’ai rencontré un garçon. Hector, un mois et demi. Je le prends dans mes bras. Toi, tu bois encore du petit lait, moi je m’enfile du rouge, du blanc, et une petite liqueur qui fait tout passer, promis, j’essaie de ne pas te laisser tomber. Tu vomis pour un rien, moi, je tiens de mieux en mieux le coup. Enfin, hier soir, il n’aurait pas fallu trop s’amuser à me tapoter sur le dos pour me faire faire mon rot. Tu passes de bras en bras, moi aussi puisque c’est ça. Sauter sur des genoux dans une jouissance ébahie, en grimacer de plaisir, hier, je n’étais qu’un corps entre des bras. On se dit à la prochaine fois, on sait qu’on ne se reverra pas, la question ne se pose même pas. Je ne suis que jouissance, j’avais prévenu, cette semaine, je ne pense pas.
Finalement on est plutôt heureux tous les deux. Moi, j’ai du bleu aux yeux, toi tu arrives à ne pas penser, ne sois pas pressé de voir tes doigts saigner à force de les manger. On va inlassablement te le répéter : mange pas tes doigts ! Ils sont miniatures, minuscules, délicats. Moi je les ai déjà coincés dans plusieurs portes avant de me rendre compte qu’ils pouvaient me servir de petits encas, ça fait mal, mais tout va bien, c’est à croire que j’aime vraiment ça.

(Alex Prager, http://a-dream-like-this.blogspot.com/)
Je suis dans ma tête, j’y suis plus. Je suis dans ma tête, j’y suis. J’y suis, j’y suis plus. T’es où ? Je sais plus.
Arrêter de se poser des questions. Je rends les armes. Que tout le monde se taise. On fait une pause juste pour cette semaine, parce que j’en peux plus. On fait comme les bébés, on suce son pouce plutôt que de se manger les doigts, plus que deux réponses possibles, oui, non, j’aime, j’aime pas. Je ne pense pas, je ne pense pas, je ne suis pas, vous ne me voyez pas.
Ça c’est un défi ou je ne m’y connais pas. Je ferme les yeux, putain, les parasites sont encore là, mon cerveau est bourré d’interférences… j’ai beau essayer de faire illusion, de me laver avec du bébé Cadum, j’ai du mal à retrouver l’insouciance. J’ai encore rêvé que je faisais du patin à roulettes sur du gravier. Grand, grand moment de solitude, j’ai les genoux tout écorchés.
Bon, mais vous faites quoi vous quand vous ne pensez pas ? Vous profitez de la vie, bah tiens, elle est bien bonne, c’est pas un peu trop facile ça ? Parce que moi j’ai l’impression qu’il y a le narrateur principal et moi, acteur et parfois spectateur, malgré moi. Comme si une histoire parallèle me collait au cul. Forcément, j’y suis plus.
Je pose la tête sur le ventre de ma sœur, la grosse bulle protectrice, le coquillage à travers lequel on écoute la mer. J’y suis, au cœur de la mère, et j’entends celui de l’enfant. Ça fait un bruit sourd et rassurant, ils ont l’air bien tous les deux là-dedans. Et là je me dis que le bébé a quand même la chance improbable de ne pas entendre avec distinction les grosses conneries et la vulgarité dont mes oreilles sont parfois victimes.
L’autre jour à la laverie, cette poufiasse, j’ai failli lui enfourner la tête dans le séchoir électrique. Heureusement, mon esprit divague et je me rappelle les fantasmes de mes copines :
- J’aimerais qu’il me prenne sur la machine à laver, mais je n’ose pas le lui demander.
- Bah moi, c’est pas pratique, on fait la lessive au lavomatique.
Et c’est là que la médiocrité du quotidien peut être améliorée. Quand, un samedi après-midi, vous achetez une machine à laver chez Darty. C’est dans ces moments-là que les options prennent tout leur intérêt, que ce n’est pas le moment de lésiner sur un programme complet : prélavage, essorage, séchage, repassage, mariage. Prenez toute la panoplie.
Je n’écoute pas de la musique pour le plaisir d’entendre inlassablement les trois albums qui tournent en boucle sur mon Mp3. Mes écouteurs sont là en cas d’extrême urgence, d’angoisse de la connasse ou des enfants qui pleurent, pire de la banalité, chose de la vie à laquelle on peut difficilement échapper. « Passe-moi le sel », tout ça, c’est pas pour moi. Vous me direz, on va pas en faire une comédie musicale à chaque fois… bon bah vas-y passe-moi le sel…
Pauvre petite chose. Non, non, ne sors pas. Ne te laisse pas avoir, les bikinis ont remplacé les collants en laine à Monoprix, mais c’est un leurre, il fait encore beaucoup trop froid. Prends exemple sur moi, quand il grêle, je reste chez moi, dans la vie, toujours essayer de profiter d’une accalmie. Petit enfant, tu fais le malin, hein. Quand je serai grand je serai…. Blablabla, si tu crois que c’est aussi fastoche. Tu vas me répondre, c’est celui qui le dit qui y est, et ce serait fort à propos. Que sont devenus mes rêves d’enfants ? Je voulais être bouchère.
1. Ça peut toujours arriver si on me fait trop chier.
2. Dexter n’a qu’à bien se tenir.
3. Y’a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.
Cette semaine j’ai rencontré un garçon. Hector, un mois et demi. Je le prends dans mes bras. Toi, tu bois encore du petit lait, moi je m’enfile du rouge, du blanc, et une petite liqueur qui fait tout passer, promis, j’essaie de ne pas te laisser tomber. Tu vomis pour un rien, moi, je tiens de mieux en mieux le coup. Enfin, hier soir, il n’aurait pas fallu trop s’amuser à me tapoter sur le dos pour me faire faire mon rot. Tu passes de bras en bras, moi aussi puisque c’est ça. Sauter sur des genoux dans une jouissance ébahie, en grimacer de plaisir, hier, je n’étais qu’un corps entre des bras. On se dit à la prochaine fois, on sait qu’on ne se reverra pas, la question ne se pose même pas. Je ne suis que jouissance, j’avais prévenu, cette semaine, je ne pense pas.
Finalement on est plutôt heureux tous les deux. Moi, j’ai du bleu aux yeux, toi tu arrives à ne pas penser, ne sois pas pressé de voir tes doigts saigner à force de les manger. On va inlassablement te le répéter : mange pas tes doigts ! Ils sont miniatures, minuscules, délicats. Moi je les ai déjà coincés dans plusieurs portes avant de me rendre compte qu’ils pouvaient me servir de petits encas, ça fait mal, mais tout va bien, c’est à croire que j’aime vraiment ça.
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